ESCP St Joseph - école scolaire Périgueux ESCP St Joseph - collège Périgueux

Histoire de la construction de Saint Joseph

Au XIXème siècle, on assiste à un recul de la pratique religieuse, d’aucun parleront même de déchristianisation. Ce phénomène est d’autant plus perceptible, en France, qu’en 1870, la IIIème République naissante doit tout faire pour s’imposer.

Le Pape Léon XIII (1878-1903), dans son Encyclique Inscrutabili du 24 avril 1878, émet le désir de voir s’établir des écoles où les familles chrétiennes auraient la possibilité de faire éduquer leurs enfants. C’est dans ce contexte on ne peut plus difficile qu’à lieu la naissance de l’Institution Saint Joseph à Périgueux.

Aujourd’hui l’ensemble scolaire privé Saint Joseph et Saint Vincent-de-Paul est un établissement qui comprend un collège, un lycée général et un lycée professionnel qui rassemble plus d’un millier d’élèves. Quelles sont les grandes étapes de la construction de Saint Joseph ? Quels hommes ont joué un rôle important dans la vie de cet établissement ?

Monseigneur Nicolas-Joseph Dabert, Evêque de Périgueux et de Sarlat (1863 à 1901), et le premier Supérieur de Saint-Joseph l’Abbé Guillaume-Saturnin Bruzat furent les premiers « maîtres d’œuvre » de ce projet.

Monseigneur Dabert décide de fonder le collège sur un terrain acheté par l’Evêché, le 11 mai 1861, situé sur la Route de Paris, au lieu dit « Le Pourradier ». Sur ce lieu, on construit la Mission Diocésaine tenue par les pères Lazaristes et le premier Cercle Catholique. Puis le 7 décembre 1867, Mgr. Dabert achète personnellement le terrain contigu qui va jusqu’à la rue Combe des Dames, où se bâtit un autre Cercle Catholique.

 

Abbé BruzatPour diriger ce nouveau collège, Mgr. Dabert choisit l’Abbé Bruzat.

L’Abbé Bruzat a quarante ans quand il prend la direction de cet établissement, ce n’est pas un novice dans l’enseignement. Effectivement, licencié-ès-lettres à l’école des Carmes (1865-1866), il enseigna les Humanités à l’École Cléricale de Périgueux, puis au Petit Séminaire de Bergerac (1863-1872). Il a fort à faire, il faut transformer le premier Cercle Catholique.

Dès le 9 juin 1879 de nombreux travaux d’adaptation des locaux commencent. En effet, ce bâtiment était doté d’une salle de théâtre et de tribunes. Au même moment, il fait aussi la promotion de son nouvel établissement. Dans la Semaine Religieuse [1], il y vante à la fois un enseignement catholique mais aussi la meilleure instruction qui soit, selon les « programmes universitaires ». Il n’oublie pas de louer le cadre idyllique de ce nouvel établissement : « un terrain d’une grande étendue, dans laquelle les enfants trouveront un air pur, un site agréable et tout l’espace nécessaire à leurs jeux ».

Lors de la première rentrée, le lundi 13 octobre 1879, seulement quarante-trois élèves inscrits. L’Abbé Bruzat resta à la tête de l’établissement une vingtaine d’année (1879-1897) et entreprit de nouveaux travaux pour agrandir le collège. De 1883 à 1896, l’ancienne mission est transformée en « Maison des professeurs », il agrandit l’ancien Cercle Catholique en y incorporant une aile perpendiculaire et en construisant le rez-de-chaussée de l’actuel collège. Le 7 juillet 1896, les travaux se terminent par la bénédiction de la chapelle.

 

Vue de Saint-Joseph, à la fin du XIX e siècle

(Photo : Vue de Saint-Joseph, à la fin du XIX e siècle)

 

Ainsi, l’Abbé Bruzat et Mgr Dabert furent-ils les bâtisseurs de Saint Joseph. En 1897, l’Abbé Bruzat laisse la place à l’Abbé Mathet. Le nouveau Supérieur allait mener d’autres batailles.

Abbé André MathetDe 1896 à 1962, l’établissement Saint Joseph va être dirigé successivement par l’Abbé André Mathet (1896- 1931) et l’Abbé Joseph Lachèze (1931-1962), qui vont eux aussi marquer l’histoire du collège.

L’Abbé André Mathet va diriger le collège de 1896 à 1931, il devra mener deux « batailles », l’une au figuré en ce qui concerne la loi de 1905 sur la Séparation de l’Église et de l’État, et l’autre au sens propre avec la Première Guerre mondiale :

En 1905, la loi sur la Séparation de l’Église et de l’État met en place le principe de laïcité et l’une des dispositions de cette loi dépossédait l’Église de tous ses biens mobiliers et immobiliers, la propriété revenant soit à l’État, soit à la commune.

Si la moitié Ouest du collège, don personnel de Mgr Dabert n’était pas concernée, la partie Est revenait à la ville de Périgueux. Un compromis précaire fut alors trouvé entre la ville et le collège. Mais, en 1926-1927, la Municipalité fit le projet d’expulser la communauté scolaire.

Grâce à la générosité de plusieurs donataires la partie Est fut rachetée à la Mairie.

En 1914, Saint-Joseph contribua à la défense de la Patrie de deux manières. Dès le 10 août 1914, les locaux furent réquisitionnés, par le Ministère et le Service de Santé : il ne restait de disponible que la chapelle qui fut en partie transformée en salle d’étude, les logements de l’administration et des maîtres qui furent en partie transformés en salle de classe[2].

Le monument aux morts, érigé en 1922, rappelle que 125 anciens élèves périrent en défendant la Patrie, ainsi que deux professeurs. Ce monument sculpté dans le marbre, par Ch. Desvergnes, représente un jeune Saint- Cyrien – Alain de Fayolle mort le 22 août 1914-, couronnant un ange[3].

 

ecole_perigueux_1914(Photo Une salle de blessés à Saint-Joseph, Pendant la Première Guerre mondiale.)

 

Chanoine LachèzeEn 1931, succède à l’Abbé Mathet le Chanoine Lachèze qui lui aussi devra faire face à la Seconde Guerre Mondiale et à ses répercutions.

Dès le début de la Seconde Guerre Mondiale, Saint-Joseph va recueillir de nombreux enfants réfugiés d’Alsace. Les effectifs vont alors plus que doubler, il fallut trouver de la place pour les nouveaux arrivants, mais aussi pourvoir à leur nourriture.

On trouva alors, un compromis avec les parents d’élève habitant la campagne : les frais de scolarité seraient payés en nature[4]. Saint Joseph devient aussi un lieu de résistance, durant la Seconde Guerre Mondiale. On y cacha un dépôt de munitions. En octobre 1942, l’Abbé Jean Sigala (1884-1953) Edmond Michelet, André Boissière et le Duc de Choiseul fondèrent le groupe « Combat » de Périgueux[5].

Jean Sigala fut arrêté en plein cours de Philosophie, en février 1944, par la Gestapo et fut déporté à Mathausen. Un autre professeur de Saint-Joseph va lui aussi jouer un rôle important. Il s’agit de Raymond de Magondeaux (1903-1993).

Il fut le créateur d’un système d’émetteur à ondes courtes qui fut utilisé par les forces du général Leclerc pour libérer Paris. La paix revenue, Saint-Joseph retrouva sa vocation d’enseignement.

En 1977, l’école technique tenue par des Religieuses de Saint Vincent-de-Paul est transférée à Saint Joseph. L’établissement s’appelle désormais « Saint Joseph et Saint Vincent-de-Paul ». Le lycée prend alors son apparence actuelle : celui d’un ensemble regroupant un enseignement général, technologique et professionnel, ainsi que la création d’une filière post-baccalauréat (avec la création d’une classe préparatoire en Sciences économiques).

 

John-Henry LASCAUD

 

[1] Semaine religieuse, du Samedi 2 août 1879.

[2] Souvenirs de Jean de Saint-Martin (Rédemptoriste- ancien provincial, élève de Saint-Joseph de 1909 à 1916), in Centenaire de l’Institution Saint-Joseph de Périgueux (1879-1979), Documents et témoignages,

[3] Voir aussi, Collège Saint-Joseph, Le Livre d’Or de la Grand Guerre, Imp. Cassard, Périgueux, 1923.

[4] Voir Souvenirs de Henri Tournier- Lasserve (ancien Directeur du Collège de Sarlat, élève à Saint-Joseph de 1939 à 1941), Ibidem.

[5] Abbé Jean Sigala, Dans la Résistance (l’Institution Saint-Joseph de 1940 à 1944), Imp. Ribes, Périgueux, 1944.